photo of 19th century finely decorated silk undergarment

Le langage de la lingerie, dévoilé

Comment tout a commencé…

Lors de nos rencontres de groupe, les moments où l’on découvre de nouveaux mots finissent souvent par révéler toutes sortes d’étrangetés linguistiques, à la fois amusantes et déroutantes.

Un soir de décembre particulièrement frais, lors d’un rendez-vous à la Gare du Sud, dans le quartier de la Libération, on a remarqué que le contingent français du groupe English in Nice / Nice en Français était particulièrement élégant. J’ai utilisé le mot shabby pour décrire ma tenue, plutôt terne en comparaison. En demandant ce que signifiait shabby, quelqu’un a proposé négligée comme traduction française.

Ce qui, bien sûr, a beaucoup amusé les anglophones — car negligee a un sens tout à fait différent en anglais. De là est née une autre incongruité linguistique : apparemment, camisole en français peut se traduire par « straitjacket » en anglais. Et puis il y a l’anglais brassiere, qui devient de façon assez absurde en français un « soutien-gorge ».

Ce sont exactement ces moments-là qui rendent l’apprentissage — et l’enseignement — des langues si plaisants. Enfin, pour moi en tout cas.

Alors, en rentrant chez moi, j’ai demandé à ChatGPT de m’aider à démêler ce que j’appelle maintenant affectueusement le grand méli-mélange de la lingerie.


Pourquoi les sous-vêtements provoquent tant de confusion entre l’anglais et le français

Une grande partie du vocabulaire vestimentaire moderne, en anglais comme en français, descend des mêmes racines latines et du vieux français.
Au fil des siècles, les vêtements ont changé, les cultures ont changé, et les sens ont dérivé, mais les mots sont restés suffisamment proches pour nous maintenir, nous apprenants, sur le qui-vive.

Observons quatre de ces délices à froufrous.

Shabby, négligé et la naissance de la negligee

Le français négligé / négligée vient du verbe négliger : « manquer de soin ».
Il signifie désordonné, relâché, peu soigné.

Au XVIIIᵉ siècle, l’anglais emprunte négligée, mais en restreint fortement le sens : au lieu de « négligé », le mot devient le nom d’un vêtement précis — une robe de chambre légère ou une chemise de nuit portée dans l’intimité.

Ainsi aujourd’hui :
français négligée = mal soignée, désordonnée
anglais negligee = lingerie

Même origine. Garde-robes très différentes.

A pair of vintage cream-coloured trousers with a high waist, featuring three buttons at the front and ties at the ankle.
British woollen drawers
Culotte longue en laine britannique, XIXe siècle
(Photo : The MET Costume Institute)
Drawers – du verbe anglais to draw (« tirer ») : les premiers modèles se remontaient et se nouaient à la taille.

Si ce genre de curiosités linguistiques vous plaît, j’ai aussi préparé un court PDF à télécharger, disponible à la fin de l’article, qui rassemble le vocabulaire anglais–français des sous-vêtements évoqués ce soir-là.

Camisole et la camisole de force inattendue

Camisole vient du latin tardif camisia — « chemise » ou « vêtement de nuit ».
Dans les deux langues, le mot désignait à l’origine un sous-vêtement léger.

Mais le français a aussi développé l’expression camisole de force — littéralement « chemise de force » — pour désigner une contrainte psychiatrique. L’anglais a ensuite emprunté ce sens secondaire ; pendant un temps, camisole en anglais pouvait donc aussi vouloir dire « straitjacket ».

L’anglais moderne, cependant, a conservé le sens doux et vestimentaire : un haut sans manches.

Un seul mot porte désormais l’histoire de :
chemise, gilet, vêtement de nuit, sous-vêtement — et instrument de contention.


Brassiere et soutien-gorge

En français, brassière désignait à l’origine une sorte de corsage ou de gilet d’enfant.
L’anglais a emprunté ce mot sous la forme brassiere, puis l’a abrégé en bra.

Le français, en revanche, a remplacé le terme courant par un composé merveilleusement littéral :
soutien-gorge — « soutien de la gorge / de la poitrine ».

Ce qui nous laisse avec cette situation délicieuse :
l’anglais utilise un mot d’apparence française que les Français utilisent rarement,
et le français emploie un composé imagé qui sonne totalement absurde aux oreilles anglophones.

A striped black and white skirt with a gathered waist and multiple tiers.
French silk petticoat
Jupon français en soie, fin XIXe siècle
(Photo : The MET Costume Institute)
Petticoat
Issu de petty cote — « petit manteau » — une ancienne forme française conservée en anglais.

Petticoat — un petit manteau ?

Petticoat vient du moyen anglais pety cote — littéralement « petit manteau ».

pety ← ancien français petit = petit
cote ← ancien français cote = vêtement, tunique, manteau

Avec le temps, en anglais, petticoat a pris le sens de jupon porté sous une robe.
En français moderne, ce mot n’existe plus dans l’usage courant.
On dit désormais :

jupon = petticoat
fond de robe = slip

Ainsi, les apprenants voient petticoat, reconnaissent petit, et supposent logiquement que le mot doit encore exister en français — mais ce n’est plus le cas.
Encore un exemple de l’anglais conservant une ancienne forme française, tandis que le français est passé à autre chose.


Faux amis : ces chaussettes qui se ressemblent mais ne vont pas ensemble

Ce sont des exemples classiques de ce que les linguistes appellent des faux amis — des mots qui semblent familiers mais dont le sens a changé en douce pendant que personne ne regardait.

Les sous-vêtements sont un terrain particulièrement fertile pour cela, parce que :
les vêtements eux-mêmes ont énormément évolué,
les mots sont anciens,
et les deux langues n’ont cessé d’emprunter l’une à l’autre.

C’est ainsi qu’une conversation d’hiver, bien tranquille à Nice, s’est retrouvée à mêler lingerie et camisoles de force.

La langue est magnifique.

Pour aller plus loin :
Vous pouvez télécharger gratuitement un PDF récapitulatif avec le vocabulaire des sous-vêtements en anglais et en français, présenté dans les deux sens pour faciliter la consultation.

Illustration graphique d'une coquille ou d'un éventail en dégradés de couleurs orange, bleu et jaune.

Si ce sujet vous a plu, vous aimerez peut-être aussi mon article précédent sur les faux amis :
Et si l’anglais n’était qu’un mauvais français ? — où cette étrange famille de mots fait une nouvelle apparition.

Article écrit par Clare, avec le soutien de ChatGPT pour la recherche et l’analyse linguistique.

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